Les verts, nous portions tous un foulard turquoise, pour symboliser les attaques stupides sur les chaussettes turquoises que Berlusconi utilise pour discréditer ses adversairesEn séance plénière, les députés verts portaient tous  un foulard turquoise, pour symboliser les attaques stupides sur les chaussettes turquoises que Berlusconi a utilisé  pour discréditer un des ses adversaires

La question de la liberté de la presse en Italie et en Europe a été au centre de plusieurs débats et propositions de résolutions ces dernières semaines au Parlement Européen.  Et pour cause, l’attitude inqualifiable de Berlusconi ne se limite pas à grignoter des espaces dans la vie démocratique italienne : par la banalisation  des attaques frontales contre la presse qu’il ne détient pas, l’attitude du chef de l’état italien constitue une menace bien réelle  au delà frontières de l’Italie…

Il y a deux semaines, les conservateurs européens (le parti populaire européen, celui dans lequel siègent les élus belges CDH et CDV) ont tout fait pour empêcher qu’il y ait une résolution.Au vote,  ils ont perdu.

Ce midi, les mêmes  ont essayé de changer le titre de la résolution soumise au vote pour qu’on en enlève la référence à l’Italie. Au vote, ils ont perdu.

Ils ont ensuite tenté de bloquer tous les amendements significatifs qui défendent la diversité et l’indépendance de la presse en Italie et en Europe, et la nécessité de travailler à une directive pour encadrer ces principes essentiels. Au vote, parfois à quelques voix près, ils ont perdu chacun des ces amendements.

Et puis surprise : au vote final sur une résolution qui avait pour but d’ envoyer un signal politique clair et fort et appelant à légiférer sur le sujet : les conservateurs l’emportent d’extrême justesse, en raison d’une alliance objective entre les eurosceptiques qui refusent que l’Europe fasse quoi que ce soit, les conservateurs du PPE, l’attitude de conservateurs irlandais qui ont migré récemment dans le groupe des Libéraux, les peu glorieuses abstentions de Mme Delvaux du CDH,  de Mr Dehaene, de Mme Thyssen et quelques autres

Dans La Libre Belgique d’hier, voici comment Anne Delvaux s’explique :

“Mais pour moi, il s’agissait de discuter de l’Italie et des autres pays de l’Union européenne, précise-t-elle. Je me suis abstenue ce matin, parce que les textes sur lesquels nous devions voter - résolution initiale et motions des différents groupes y compris le mien - étaient nuls. Ma position était celle d’une ancienne journaliste qui sait que la liberté de la presse est menacée ailleurs qu’en Italie.

Quand des politiques siègent au Conseil d’administration d’un média, il y a danger, je suis bien placée pour le savoir Je ne soutiendrai jamais Berlusconi, mais si on veut vraiment parler de la liberté de la presse, on ne peut pas se contenter de résolutions faites en deux temps trois mouvements, il faut tout mettre sur la table. Je refuse de livrer un tel sujet à des discussions superficielles. Le débat qui a eu lieu était risible, je suis furieuse et je me suis abstenue sur tout, à l’instar d’un autre ancien journaliste de mon groupe, le Français Jean-Marie Cavada. Mais je n’ai pas applaudi lorsque la résolution a finalement été rejetée.”Anne Delvaux en appelle à “un travail de fond, détaillé”. Un véritable rapport en somme, du genre de ceux que l’on trouve souvent trop ardus pour être “proches” des citoyens.

Explication qui n’est guère crédible et qui cache mal la faiblesse complice qui a permis d’épargner politiquement Berlusconi.  Surtout quand le vote est si serré. En politique, on assume aussi les symboles, surtout quand les votes sont aussi serrés.  De plus,  au PE, on travaille beaucoup par résolution pour tenter de forcer la main de la Commission, seule instance habilitée à déposer une proposition. Et cela pour se donner une chance  d’engager ensuite un travail de fond, réglementaire.

Aussi choquant que le vote, ce qui s’en est suivi : une ovation tout à fait inhabituelle et d’une exubérance totalement déplacée dans les rangs du PPE : on se serait cru dans une tribune de foot après le but de la dernière minute de jeu. Mais on est au Parlement et en ce qui concerne tant le fond que la forme, cette démonstration politique excessive qui vise à faire manger la poussière à ceux qui ont perdu de justesse est apparue comme totalement déplacée.

Il n’y aura finalement aucune résolution (puisque la dernière a été rejetée en raison de l’ex aequo), mais le moment politique, il a eu lieu, indigne, indigeste, presque violent. En tous cas insultant pour la presse et la démocratie.

Un moment qui laisse un sale goût dans la bouche…

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