28 juin 2010 1
Indépendance cha cha
Kinshasa, 27 juin
Comme à chaque fois, malgré qu’il soit déjà 22heures, on est envahi de chaleur et d’une odeur de tarmac chaud dès la descente de l’avion.
La route de l’aéroport vers le centre est toujours aussi chaotique malgré certains travaux et les ombres de ceux qui se risquent à traverser cette « voie rapide » sont éclairées par les petites lumières et bougies des marchands, des échoppes.
C’est dimanche, et il fait donc un peu plus calme. D’autant que c’est une sorte de « pont » non officiel jusque mercredi 30 juin. C’est le trafic qui en a décidé. Il étouffe déjà la ville en temps normal : avec les festivités en vue, il est illusoire que l’activité débordante et bouillonnante de cette ville puisse se dérouler normalement.
Des festivités dont on ne sait pas encore grand-chose quant aux modalités pratiques, au moment où notre voiture s’engage sur le boulevard du 30 juin devenu une sorte d’autoroute à 2 fois 3 bandes, pour la circonstance bordée de centaines de drapeaux congolais et de tous les pays invités pour le cinquantenaire.
La ville n’est pourtant pas à la fête : à côté du défilé, rien n’a été prévu pour les habitants de Kinshasa. Pas de concert ou de lieux de fête publics. Peut-être par peur des débordements. Mais le cœur n’est pas non plus vraiment à la fête. La situation est difficile, on vit au jour le jour.
On l’est encore un peu moins du côté des défenseurs des droits de l’homme. L’association « La voix des sans voix » a perdu son patron, Floribert Chebeya, assassiné il y a un mois.
J’ai rencontré Annie son épouse, ses enfants, son frère Fidèle. Ils sont abattus après ces semaines de souffrance et les funérailles il y a deux jours. Ils se sentent aussi insécurisés, potentiellement instrumentalisés par certains qui prétendent qu’ils voulaient enterrer leur père, mari, frère, le 30 juin. Coincés entre certains politiciens peu soucieux du bien commun et de la vérité et un gouvernement qui a donné quelques premiers signaux (insuffisants) mais qui surtout souhaite que le défi de la commémoration du 30 juin se passe convenablement.
C’est donc dans la durée qu’on jugera si oui ou non il y a une volonté de faire la lumière, de connaitre les commanditaires, de mettre fin aux pratiques et agissements de milices, de policiers qui intimident et violent les droits les plus élémentaires.
Les défenseurs des droits de l’homme ne sont pas en sécurité dans ce pays. C’est une réelle préoccupation et il faut que Mr Chebeya ne soit pas mort pour rien. Il faudra que la pression continue de s’exercer, dans la durée. Crier “Kabila assassin” n’y suffira pas.
L’avion du Roi vient d’atterrir… On aimerait évidemment que Mr Leterme et le Roi signent le livre de condoléances, disent des choses publiquement. Sans doute ne le feront-ils pas, pour toutes sortes de raisons liées aussi à la faiblesse du gouvernement belge. Mais ce qui comptera aussi, c’est ce qu’ils diront en face à face à Mr Kabila et ce qu’ils pourraient mettre en œuvre pour donner un suivi à leurs propos. Le feront-ils ? A suivre…








J’ai suivi l’interview d’Isabelle Durand sur la RTBF le 30 juin 2010. Je voudrais relever que Joseph Kabila est au pouvoir depuis 2001 même si il n’a été élu “démocratiquement” qu’en 2006. Cela fait donc 9 ans et non pas seulement 4 ans qu’il dirige la destinée de la RDC. Je pense qu’en 9 ans on peut déjà voir l’orientation que prend une gestion ou faudra-t’il attendre 32 ans encore pour s’élever contre des dérives dictatoriales, mépris des droits de l’homme, pauvreté de la population, manque de soins de santé,jeunesse sacrifiée par manque d’instruction ? Mobutu n’était pas un saint, loin s’en faut, mais il faudrait arrêter d’encenser ceux qui l’ont remplacé alors que les choses n’ont pas vraiment changé. Des fortunes se créent dans l’entourage du pouvoir alors que les soldats, les policiers et les fonctionnaires ne sont toujours pas payés, il faut accepter de le voir aussi. Pour aider le peuple congolais il faut encourager certes pour ce qui va mieux, mais aussi stigmatiser ce qui n’est pas acceptable.