L’Europe à Bruxelles
A cheval sur 3 communes, dépendant à la fois pour certains aspects de la Région et du Fédéral, le quartier européen a fait l’objet d’une gestion assez calamiteuse et mal coordonnée dès les premières implantations des institutions européennes. On en paye aujourd’hui le prix: les habitants proches ayant à peu près tous été expropriés, ce quartier est devenu une sorte de réserve naturelle pour ceux qui travaillent, collaborent, fréquentent ou visitent ces institutions.
Est-ce pour cela que le quartier européen est si mal connu et mal aimé par les bruxellois ? Il faut reconnaître qu’être coincé entre deux égouts à voitures que sont la rue de la Loi et la rue Belliard n’est pas particulièrement attractif pour ceux qui ne “doivent” pas fréquenter ce quartier. Il recèle pourtant de multiples bijoux : le Parc Léopold (géré par 5 institutions différentes !), le quartier des squares qui est à proximité, le quartier Matongé et l’Horloge du Sud, le parc du Cinquantenaire, le square de Meeus, autant d’endroits à la fois joyaux de notre patrimoine et joyeux de notre multiculturalité. Autant de quartiers à mettre en valeur, avec des habitants qui en veulent.
Sur la place du Luxembourg ou la place Jourdan, avec le retour du printemps, les terrasses sont devenues – en tout cas en semaine – le point de rencontre de tous ces travailleurs européens, mais de ceux-là seulement. Badge autour cou, laptop en bandoulière, portable à l’oreille et parfois valise à la main ; vu de l’extérieur, ils se ressemblent tous. Ou plus exactement, ils apparaissent comme tels aux yeux des bruxellois et de leurs décideurs qui, lorsqu’ils parlent d’eux, les rangent tous dans la catégorie d’ « eurocrates-qui-gagnent-plein-de-fric » et font augmenter le prix des logements sans jamais faire profiter la ville de leur séjour à Bruxelles…
S’il n’est pas complètement faux de dire que le prix des logements est pour partie à attribuer aux hauts salaires d’expatriés que perçoivent les hauts fonctionnaires européens, tout cela est terriblement réducteur.
Cette « faune » européenne et internationale est autrement plus variée : à côté des 736 élus qui ne sont là que 3 jours par semaine, 3 semaines par mois et pendant 5 ans, il y des milliers de fonctionnaires des Institutions, mais aussi des milliers de jeunes, stagiaires ou assistants, nomades dans l’Union Européenne, co-locataires à plus ou moins courte durée, usagers des transports en commun, de Cambio et de « villo’s ». Ils aiment Bruxelles, ont envie de la découvrir et de sortir du carcan de la place du Luxembourg.
En outre, caricaturer les travers des « eurocrates », c’est oublier les milliers d’emplois occupés par des bruxellois, sous traitant et prestataires du Parlement pour la restauration, la sécurité, l’entretien, etc. Et ceux-là, ils tiennent à leur job pour les institutions européennes. C’est oublier également toutes les retombées touristiques et autres pour Bruxelles et la Belgique !
Pourquoi les bruxellois ne prennent-t-ils pas le temps d’aller à la rencontre de ces expat’ européens, de leur faire connaître leur ville, leur région, ses contrastes, ses avatars ? Et je ne vous parle pas de Manneken Pis, de la Grand Place ou de l’Atomium qu’ils trouveront bien sans guide, mais des découvertes et des invitations, des rencontres et des confrontations, sans façons et au-delà des clichés réciproquement partagés. C’est cela qui fera avant tout l’intégration des européens dans l’une de leur principale ville d’accueil. C’est la condition d’un regard croisé positif et ouvert des uns sur les autres.
Car il y a à faire dans ce domaine ! Et dépasser les stéréotypes, apprendre à se connaître et à se croiser, cela commence aussi par une série de dossiers que j’ai en charge en tant que Vice-Présidente du PE :
- l’utilisation intelligente et croisée de l’Esplanade, espace de transition entre le Parlement et ses environs, qui doit pouvoir accueillir des activités culturelles, citoyennes. Voierie régionale s’étalant sur 3 communes, avec un seul riverain (le PE) très préoccupé par la sécurité de ses bâtiments et de ses gens, posée sur une dalle au dessus d’une gare…, trouver le point d’équilibre en tous ses acteurs est un vrai défi
- le centre des Visiteurs qui ouvrira ses portes en octobre 2011, lieu de mise en situation pour comprendre le processus de décision européen et le fonctionnement de l’institution. 600.000 visiteurs attendus par an : une aubaine citoyenne et touristique pour Bruxelles. Et la Maison de l’Histoire de l’Europe, qui prendra racine dans le Parc Léopold : un chouette projet muséal, antidote au nationalisme, pour tous les bruxellois, tous les européens de passage.
- la nécessité de faire sortir les élus européens et leurs équipes de leur bulle et leur proposer un accueil et une découverte de Bruxelles, en lien avec le BIP (« Brussels Info Place » http://www.biponline.be/ )
- faire un suivi des projets immobiliers et de mobilité futurs : Projet Urbain Loi, mise en piétonnier du rond point Schuman, extension de la Commission sur Josaphat ou Delta, crèches européennes, promotion de la mobilité durable auprès des travailleurs du PE
- fusionner la fête de l’Europe et la fête de l’Iris
- etc.
« Bruxellisons l’Europe, Européanisons Bruxelles et les bruxellois… »
